Tatsumi Hijikata (JP) (1928-1986)

Danseur et chorégraphe japonais, il est considéré comme le père du butô. Né à Akita (Tôhoku), au nord du Japon, il se forme à la danse moderne à partir de 1947 avec Katsuko Masumura. En 1952, il étudie à Tokyo plusieurs formes de danse : ballet moderne avec Mitsuko Audo à l'Unique Ballet Theater, danse jazz, danses de société, danse espagnole. A la fin des années 1950, il entame une collaboration étroite avec Kazuo Ôno qu'il a vu se produire dès 1949 et dont la danse l'a alors fortement impressionné. Avec le fils de ce dernier, Yoshito Ôno, il crée et danse en 1959 Kinjiki (Les Amours interdites), pièce considérée comme l'acte de naissance du butô, sorte de happening avec immolation d'un coq.
Plaçant tout d'abord leur collaboration sous l'intitulé Dance Experience, ils adoptent en 1961 l'appellation Ankoku Butô Ha (École du butô noir) pour désigner le groupe ouvert qui se forme autour d'eux, avant que Hijikata ne constitue, en 1970, une compagnie plus formelle sous le nom de Hangidaitôkan (Danse du corps consummé). Son travail se caractérise par une résistance au modernisme, tout particulièrement à la surenchère qui le caractérise : là où le modernisme s'attache à mettre en valeur le « plus », le « mieux », Hijikata explore le « moins », le « moindre » ; à la quête de la force, il substitue celle de la faiblesse ; à l'expansion, il préfère la rétraction.
Dans les années 1960, entouré des écrivains Yukio Mishima et Tatsuhiko Shibusawa, du plasticien Natsuyuki Nakanishi et du photographe Eikô Hosoe, il puise son inspiration dans la littérature française (J. Genet, Lautréamont, Sade) et le surréalisme, abordant l'érotisme, la violence et les tabous de la société moderne.
Il systématise ensuite ses idées et les techniques du butô dans les années 1970 à travers sa collaboration avec Yôko Ashikawa : partant de l'idée que la chair est dépositaire d'une mémoire collective, il se tourne alors de plus en plus vers des références japonaises, explorant en particulier les gestes de la vie quotidienne des années 1920 et 1930 dans le Tôhoku, sa région d'origine.